I S S U E

 

Espace Culturel Prince Jacques Beausoleil 
Février 2019
Nice-matin

Décembre 2018, Théâtre Princesse Grace - Monaco

ISSUE - Compagnie Eugénie Andrin

©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

L’atmosphère confine un peu aux « Marchands du Temple » au Théâtre Princesse Grace mais pour une noble cause car c’est la Journée Internationale des Droits de l’Enfant.

Dans ce cadre, la Direction de l’Éducation Nationale, de la Jeunesse et des Sports propose ISSUE, spectacle de la Compagnie Eugénie Andrin pour six danseuses, une enfant… et sept portes.

 

Née de la rencontre avec le journaliste Shiran Ben Abderrazak et la plasticienne Roxane Ducruet, ISSUE travaille la symbolique des portes, des seuils, des espaces en prenant appui sur le Journal d'une défaite de Shiran ben Abderrazak.

D’entrée, les corps sont cachés, seules les mains émergent lentement des portes sans se dévoiler puis petit à petit, tour à tour, les portes s’ouvrent, laissent passer les corps, se referment, deviennent autant d’ouvertures, autant d’obstacles. Ces portes forment l’interface entre le dedans et le dehors, entre l’intime et le public, entre le refuge et l’exposition.

Les portes forment de temps à autre un obstacle à la discussion, puis délimitent l’instant suivant dans un étrange ballet une agora où les corps entrent en dialogue, échafaudent des constructions humaines, font apparaître des personnalités, sombrent, se reconstruisent, etc. L’ensemble fait d’ouvertures est entrecoupé de moments de fermeture, de temps où l’agora se vide où les corps disparaissent, d’instants où les portes prennent une telle dimension qu’il devient impossible de les contourner, de les ouvrir. Mais l’enfant est toujours le centre du propos, le centre des luttes, il est l’avenir.  

Comment ne pas voir, ressentir dans ce ballet incessant fait de rêves, d’embûches, d’espoirs, de moments de solidarité, de moments de grande solitude, de flux et de reflux de la liberté, une allusion aux Printemps arabes en particulier et aux luttes pour la démocratie et la liberté en général ? Est-il anodin que les femmes soient à la manœuvre ? Est-il anodin que les femmes rompent leur isolement pour se lancer dans la construction de leur société ?  Quoi de plus symbolique que les portes pour représenter ces seuils entre le repli et l’agora, entre la peur et le courage, entre notre ressenti et notre paraître ? Quoi de plus fort que de rendre ces luttes intemporelles ?

Comme d’habitude, Eugénie Andrin dirige son groupe avec beaucoup d’énergie et de finesse à la fois. La chorégraphie du groupe est sans conteste ce qui fait la force et la patte de la chorégraphe. Elle possède ce don de chorégraphier le symbolique et de mettre en mouvement parfaitement réglé, parfaitement huilé, les groupes qui constituent son ballet d’un jour.  Et y a-t’il plus beau cadeau à offrir à la Journée Internationale des Droits de l’Enfant que cette lutte pour la liberté si chèrement acquise et si terriblement fragile… loin des marchands du temple.

 

Anthéa, Espace Magnan 
Mai 2017
La Strada

 

Château des Terrasses Cap d'Ail 
Juillet 2018
Nice-matin